Pratiques et tactiques dans l’espace public de jeunes nord-montréalais

montreal

30 mai 2018

Montréal-Nord est une ancienne banlieue de petites classes moyennes qui est habitée aujourd’hui par une population hétérogène mais où dominent surtout dans sa partie Nord-Est des populations issues de l’immigration, souvent relativement défavorisées, si on les compare au reste de Montréal. Cette étude de cas porte sur les jeunes (filles et garçons) de Montréal-Nord, sur les espaces dans lesquels ils se « baladent » dans et hors de ce quartier, et sur la manière dont leurs pratiques, parfois tout à fait similaires à d’autres pratiques de l’espace public dans des arrondissements distincts, seront jugées transgressives par les institutions ou certains résidents.

Nous nous intéressons alors aux tactiques mises en place par les jeunes pour contourner ce jugement porté sur leurs usages de l’espace public, pour « braconner le quotidien » pour reprendre l’expression de Michel de Certeau, et ainsi éviter notamment d’être contrôlés par la police, mais aussi par leurs familles et leurs cercles de connaissances.

Nous ne partons donc pas d’emblée sur un projet de description des pratiques transgressives des jeunes, mais cherchons plutôt à comprendre comment le quartier et sa réputation influencent l’usage de l’espace public notamment en interrogeant l’interdiction de « flâner », omniprésente, qui démontre comment le fait de se tenir « dehors », dans l’espace public, est nécessairement corrélé à l’idée de transgression.

Les jeunes qui participeront au projet seront des individus qui ne sont ni criminalisés ni super-intégrés. L’idée est de recruter autant de filles que de garçons et de diversifier les origines afin de pouvoir analyser les processus de racisation et leurs incidences sur les « tactiques et pratiques » dans l’espace public. Nous veillerons à contacter tant des jeunes installés dans le quartier avant les révoltes de 2008-2009, que des jeunes arrivés plus récemment.

Nous voudrions pouvoir produire une cartographie des lieux par les jeunes, qui s’inspire de leurs tactiques et stratégies spatiales, sans pour autant les dévoiler totalement afin de ne pas « livrer » leurs espaces ou « trahir » leurs confiances.

Des méthodologies évolutives commenceront (été-automne 2018) par un retour historique sur l’apparition de la catégorie du « flânage » dans ce quartier, des observations et le test des méthodes de cartographie des lieux fréquentés (phase 1).

Dans un deuxième temps (hiver-automne 2019) les recherches seront complétées par le recrutement de jeunes (une dizaine) et les ateliers carto au sein desquels nous souhaitons ajouter l’utilisation de leurs réseaux sociaux (snapchat ou instagram) et la mise en place du projet vidéo (phase 2 et 3).

Parallèlement, nous suivrons les interventions publiques (à la fois réaménagements et organisation d’évènements festifs) sur certains sites. Nous demanderons à certains jeunes de les commenter au fur et à mesure du développement des opérations, tout en suivant l’évolution de leurs trajectoires de « flânage » en fonction de la progression des travaux et de la tenue des événements.

Pour consulter la fiche synthèse de cette étude de cas pour l’année 2018.